L'ambition des Catalans en 1282 (partie 2)

Publié le par Jean

Ecoutons Ramon Muntaner nous dépeindre le moment des séparations :

« Et si jamais on entendit des pleurs et des cris, ce fut au moment des adieux. Le roi, qui de tous les princes qui jamais existèrent, était bien celui qui avait le plus de force d’âme, ne put s’empêcher de pleurer. Il se leva et alla prendre congé de la reine et de ses enfants ; il leur fit mille amitiés, les signa et leur donna sa bénédiction. On lui avait préparé une lleny, petit bateau à voile et à rames, et il s’embarqua accompagné d’autant de bénédictions et d’actions de grâces que seigneur en reçut jamais. Lorsqu’il fut embarqué sur le vaisseau royal, chacun se disposa à en faire autant ; si bien qu’en deux jours tout le monde fut à bord. »

C’est l’autre chroniqueur, Bernard Desclot, qui décrit la flotte avec précision. Cent quarante vaisseaux au total : vingt tarides (gros bateaux de transport à plusieurs ponts, avec deux mâts), vingt-deux galères (se déplaçant surtout avec des rames, quoiqu’il y ait une voile), vingt-deux sageties (galères légères, rapides, faciles à la manœuvre) ; en plus, des llenys (petit bateau de transport sans pont avec voile et rame) et des naus (avec un, deux ou trois ponts et deux ou trois mâts) qui transportent les chevaux, les harnais des nobles (armures et équipements complets des hommes d’armes), la farine et l’avoine. Au total, on peut estimer que 15.000 hommes ont embarqué pour la campagne militaire.

Et c’est le départ, le 6 juin 1282, vers une destination connue seulement par le roi :

« Lorsqu’ils furent parvenus à vingt milles en mer, précise Ramon Muntaner, l’amiral alla avec une lleny armée à tous les vaisseaux, petits et grands, et remit à chaque chef un ordre scellé et cacheté du sceau du roi, clos et fermé par ledit cachet. Il ordonna à chaque patron de prendre la route du port de Maó dans l’île de Menorca, d’entrer tous dans le port et de s’y rafraîchir, et lorsqu’ils seraient sortis du port de Maó, et à la distance de dix milles en mer, d’ouvrir l’ordre, mais non pas plus tôt, sous peine de forfaiture de leur personne, après quoi ils suivraient la route que le seigneur roi leur désignait dans son ordre. On fit ce que l’amiral avait prescrit. »

Enfin, on ouvre la lettre cachetée : le lieu du débarquement ? Al-Coll (Collo), port du royaume de Constantine, en Afrique du nord. Il faut savoir que le roi de Constantine avait signé un accord secret avec Pere II, car il désirait gagner son indépendance vis-à-vis du sultan de Tunis. En cas de réussite, on dit même que le musulman pourrait se convertir à la religion chrétienne. Mais, en débarquant à Al-Coll, le souverain catalan apprend que le roi de Constantine a été tué par les armées du sultan de Tunis. Voilà que, tout à coup, les troupes de Pere II sont sur terre, non plus amie, mais ennemie. Vite, on fortifie le port et on se prépare à une attaque éventuelle.

A suivre lundi prochain...

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