L'ambition des Catalans en 1282 (partie 3)

Publié le par Jean

Alors, Pere dévoile une partie de son projet : envoyer une mission diplomatique auprès du pape Martin IV à Rome. Pour cela, il recherche, autour de ses proches, le noble catalan le plus apte à remplir une mission des plus délicates. Il faut que ce soit un homme d’une grande expérience militaire et aussi d’une bonne culture générale, capable de s’adresser dignement à sa sainteté le pape et à un ensemble de prélats de haut niveau. Le roi choisit le vicomte du Vallespir, Guillem de Castellnou. Il lui demande de se rendre à Rome et, devant le pape et son conseil, Guillem annoncera que Pere II, souverain de la Couronne de Catalunya-Aragó, se trouve actuellement en terre africaine ; il expliquera, qu’avec l’aide morale et financière du Saint-Père, le roi s’engage à fonder un royaume chrétien en Afrique du nord.

Et voilà donc Guillem de Castellnou, à la tête de deux galères, qui s’éloigne d’Al-Coll pour Rome.

Les galères font un arrêt en Sicile. Descend alors à terre, Pere de Queralt qui va, lui, remplir une autre mission : rencontrer des élus de Palerme. Il leur propose les services des Catalans ajoutant que leur roi Pere II pourrait «haver en cap e defensador, govern e rei», être votre chef, défenseur, tête du gouvernement et roi.

Aussi, ne soyez pas étonné si, un peu plus tard, deux galères siciliennes de Palerme et de Messine, arrivent à Al-Coll pour rencontrer le roi. Les représentants des villes demandent à Pere II de venir les libérer de l’oppression exercée par le roi Charles I° ; et ils remettent au roi catalan plus de cent lettres de cités siciliennes, de bourgeois et de nobles implorant son aide. Les Siciliens terminent leur discours par ces mots : «car il n’est pas au monde de plus cruelles gens que ne le sont les Français là où ils ont le pouvoir ». Le roi touché par leur malheur, les fait lever et leur répond : «Barons, soyez les bienvenus. Il est vrai que ce royaume revient à la reine notre épouse, et ensuite à nos enfants. Nous sommes bien fâchés de vos tribulations : nous avons entendu ce que vous étiez chargés de nous dire, et tout ce que nous pourrons faire en votre faveur, nous le ferons ».

Pour l’instant, le roi ne peut encore rien décider : il faut attendre le verdict du pape. Enfin, voilà Guillem de Castellnou ; il est de retour de Rome ; son visage reflète les résultats de la négociation. La sagesse, l’intelligence et la culture de Guillem n’ont pas suffi à convaincre Martin IV qui s’est montré intraitable. Le roi n’obtient rien : «ni argent, ni croisade, ni rien du tout…» Et Guillem répète au roi ce qu’il a répliqué au pape : «Saint Père, je m’en retourne avec la cruelle réponse que vous me faites. Plaise à Dieu que si cette réponse attire les malheurs sur la chrétienté, cela retombe sur votre âme et sur l’âme de tous ceux qui vous ont conseillé et vous conseillent cette réponse ! »

Quel était le dilemme du roi en quittant les terres catalanes ? Soit fonder un royaume chrétien en Afrique du nord, soit conquérir la Sicile. Ce sera donc la Sicile.

A suivre lundi prochain...

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