L'ambition des Catalans en 1282 (partie 4)

Publié le par Jean

Cher lecteur, une question brûle vos lèvres : « Quelle est la situation politique de la Sicile en ce mois de juin 1282 ? » En fait, le roi est bien au courant des affaires siciliennes car Joan de Pròixida avait suivi la chronologie des événements. Que s’est-il donc passé de si important ? Les historiens ont cru longtemps que le roi catalan était à l’origine de la révolte dont je vais vous parler. En fait, et nous le savons aujourd’hui, ce fut une «révolution spontanée» d’un peuple sicilien exaspéré par le despotisme des Français et des représentants de Charles I°. L’incident, qui paraît minime au départ, a conduit aux Vêpres Siciliennes pendant lesquelles sept à huit mille Français, Provençaux pour la plupart, furent égorgés par les Siciliens, sans aide extérieure.

Tout a commencé le 31 mars 1282, jour de Pâques, à l’heure des vêpres, soit deux mois avant le départ de la flotte de Pere II ; flotte, je vous le rappelle, qui s’est éloignée des côtes catalanes début juin. Devant l’église Sant Spirito, dans les environs proches de Palerme, un Français, du nom de Drouet, remarque une belle jeune fille au bras de son fiancé ; il s’approche d’elle, la fouille pour s’assurer qu’elle ne cache aucun poignard, mais, il découvre le sein de la jeune fille et dit le compte-rendu, il le «froissa de sa main». Le fiancé s’indigne, la foule des promeneurs s’assemble, on s’empare de la propre épée de Drouet et on le transperce !

Aussitôt, les Siciliens présents sortent leur poignard et en un instant plus de deux cents Français sont allongés sur le sol. Le cri de «mort aux Français ! », mille fois répété, retentit devant l’église Sant Spirito, se répand dans le faubourg et gagne Palerme ; les cloches annoncent la révolte. L’émeute est tellement soudaine que les soldats français sont tués avec trois mille des leurs : hommes, femmes, enfants, aucun Français n’a échappé à l’insurrection ! Quelques jours plus tard, la révolte se propage à Messine où, au son du tocsin, quatre mille Français perdent la vie ; puis toutes les villes de la Sicile s’enflamment dans cette frénésie de liberté ! En ce mois d’avril 1282, des plaques posées sur les murs annoncent que l’île «s’est libérée des outrages et de l’oppression des Français».

Alors, les élus de Palerme se réunissent proclament la République ; on s’adresse au pape Martin IV pour lui demander protection ; au lieu de cela, le Saint-Père menace d’excommunier les habitants de Palerme. De son côté, Charles I°, qui réside à Naples, est toujours roi de Sicile ; passé le moment de stupéfaction, il rassemble une puissante armée qui se jette sur Messine ; le siège commence le 26 juillet. Cela paraît incroyable, mais la ville résiste ; les femmes, en premier, donnent l’exemple, sous les ordres d’Alaimo de Lentini, chef de la résistance. Alors, les élus des villes réalisent qu’ils ne pourront pas tenir longtemps face aux attaques de Charles I° et ils demandent l’aide à la noblesse sicilienne qui a la science des armes ; car, pour l’instant, elle observait les événements. C’est seulement à ce moment-là, lors de la mission de Pere de Queralt, que les Siciliens font appel au roi Pere II qui se trouve sur les côtes tunisiennes.

A suivre lundi prochain...

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