L'ambition des Catalans en 1282 (partie 5)

Publié le par Jean

L’histoire de la Méditerranée va-t-elle prendre une nouvelle orientation ? Peut-être, car la décision est prise, Pere II donne l’ordre d’embarquer : direction la Sicile. Il faut trois jours pour que matériel, armement, harnais, chevaux et hommes soient bien en place dans les bateaux. Le roi et son armée débarquent à Trapani le 30 août. Quel accueil lui réserve-t-on ? Ecoutons Ramon Muntaner.

« Le roi se rendit à Palerme ; tous les habitants, vinrent bien quatre lieues au-devant de lui, et on peut dire qu’il n’y eut jamais autant de joie et d’aussi belles fêtes ; et là, avec de grandes processions, des jeux, et l’allégresse des femmes et des enfants, tous accueillirent le roi et l’escortèrent au palais impérial. Tous les gens qui l’accom-pagnaient furent dignement logés. Au moment où le roi y arrivait par terre, la flotte s’y rendit par mer. Lorsque chacun fut satisfait, les prud’hommes de Palerme expédièrent des messagers à toutes les cités, villes et châteaux, et aux syndics de tous les lieux, pour qu’on apportât les clefs et les pleins pouvoirs de chaque endroit, attendu qu’on devait livrer les clefs au roi comme seigneur, lui prêter foi et hommage et le couronner roi et seigneur ; et cela fut fait ainsi. »

Cependant la vision des almogavares débarquant des bateaux catalans, mal vêtus, brûlés par le soleil africain, maigres, poilus et mal rasés, espadrilles aux pieds, rézilles sur la tête, entame la confiance des Siciliens accourus en nombre à Palerme, pour assister au défilé. Mais, comme le proclament en chœur les chroniqueurs Muntaner et Desclot, la preuve sera bientôt faite de l’invincibilité des troupes catalanes. Le choc entre les forces de la Couronne catalane et les troupes françaises de Charles I° est maintenant inévitable. Qui va l’emporter ?

En attendant l’épreuve fatidique, Pere est soutenu par tous les notables de l’île. Le 2 septembre 1282, à Palerme, il coiffe la couronne du roi de Sicile dans l’enthousiasme général. C’est à partir de ce moment extraordinaire que les Catalans donnent au roi le nom de Pere el Gran. Et le tout nouveau roi de Sicile délègue deux ambassadeurs auprès de Charles I° qui assiège Messine : un catalan Pere de Queralt et un aragonais Rois Eiximén de Luna. Leur message est court : Charles est prié de quitter la Sicile. «Est-ce possible ? » doit penser, surpris, le roi Charles qui refuse évidemment. Et la campagne de libération commence.

Sur ordre du roi, deux mille almogavares arrivent à Messine. Ils attendent le soir, pénètrent secrètement dans la ville pour soutenir les assiégés. Après une nuit de repos, on ouvre les portes et les almogavares se précipitent avec leur fougue habituelle sur l’armée de Charles qui, en quelques heures, subit un carnage épouvantable et prend la fuite ; sur leur lancée, les Catalans courent au camp français, à quelques pas de la mer ; là, des bateaux chargés de troupes s’éloignent précipitamment de la côte sicilienne, en direction de Reggio, en Calabre italienne. C’est le 26 septembre. Après la défaite et la fuite des chevaliers et des soldats de Charles, les almogavares pillent le village qui abritait les Français : tentes, armes, vivres, bijoux, monnaies, etc. Bref, les almogavares, nous précise le chroniqueur, «gagnent un argent infini». Il y a moins d’un mois que Pere II a débarqué à Trapani et déjà, Charles I° et ses troupes ont dû quitter le sol sicilien, passer le détroit, pour se regrouper en Calabre. Alors, Charles I°, réorganise ses troupes et rassemble ses bateaux.

A suivre lundi prochain...

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