L'ambition des Catalans en 1282 (partie 6)

Publié le par Jean

Et une bataille navale gigantesque est annoncée pour le 16 octobre 1282. D’un côté la flotte immense de Charles I° avec quarante-huit galères et autres vaisseaux provenant de Naples, Marseille, Pise et Gênes. Le roi Pere el Gran, psychologue et fin stratège, donne des ordres : « mettez les quatorze galères, que nous avons ici, sous le commandement du noble En Pere de Queralt et du vice-amiral En Cortada ; qu’ils poursuivent cette flotte et qu’ils l’attaquent. En face, ce sont des gens qui ont déjà le cœur abattu ; c’est d’ailleurs un mélange de beaucoup de nations diverses, qui s’accordent mal. Soyez assuré que ces vaisseaux ne se tiendront pas unis, et qu’ils seront vaincus. »

Et le roi décide de n’envoyer que quatorze galères catalanes face aux quarante-huit vaisseaux de Charles. Cependant, vue du côté français, la tactique catalane est inattendue. Que se passe-t-il donc ? Au lieu de craindre la bataille, puisqu’ils sont moins nombreux, voilà que des centaines d’almogavares poussent une clameur effrayante au-dessus des eaux : « Desperta Ferro ! Desperta Ferro ! Desperta ! » Epées réveillez-vous ! Et ils se dirigent vigoureusement vers l’immense escadre ennemie. Les prédictions de Pere el Gran vont se réaliser . « Que vous dirai-je ? raconte Ramon Muntaner. Nos gens en tuèrent sans nombre, firent plus de six mille prisonniers, et s’emparèrent des galères, llenys armés et barques de Charles. Mais non contents de cela, ils attaquèrent Nicotera, la prirent, et y tuèrent plus de deux cents chevaliers français de l’armée du roi Charles qui y étaient venus. De Nicotera à Messine il n’y a pas plus de trente milles. Tout cela fut fait dans la soirée, et on se livra au repos pendant la nuit ».

Pour les almogavares et la couronne royale, le bénéfice est gigantesque. En plus du butin pris sur les vaisseaux de Charles, il faut ajouter celui récolté à Nicotera, port abandonné par le camp français ; soit quelques dizaines de bateaux de tous tonnages, chargés de vivres, de matériel, d’armes. Cette flotte, est ramenée à Messine le lendemain matin. Le roi est là. Il s’approche de la mer et En Cortada saute à terre et lui dit ces paroles rapportées par Muntaner : «Seigneur, voici nos galères qui vous amènent toutes ces autres-ci que nous avons prises. Nicotera est à nous, et il y a péri plus de deux cents chevaliers français.  A ces mots, le roi descendit de cheval et s’agenouilla. Tout le monde suivit son exemple. Ils commencèrent à entonner tous ensemble le Salve Regina, et bénirent et louèrent Dieu de cette victoire. »

A suivre lundi prochain...

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