L'ambition des Catalans en 1282 (partie 7)

Publié le par Jean

La main mise des Catalans sur le secteur n’est pas terminée. Peu de temps après, Manfred Llança occupe l’île de Malte. La flotte de Charles, largement renforcée, tente de reprendre cette île. Mais, avec la nomination du nouvel amiral Roger de Lloria, les affaires vont être rondement menées ; après une longue journée de poursuites et de batailles, la flotte de Charles est encore battue le 8 juin 1283. C’est la première victoire de Roger de Lloria en tant qu’amiral. Les îles de Malte et de Gozzo passent sous la couronne du roi catalan.

En Calabre, les populations attendent le roi comme un libérateur. Il faut dire que Pere el Gran s’était montré bon prince : il avait libéré quatre mille prisonniers après les avoir habillés proprement et nourris grassement ! C’était, soyez-en persuadé, d’excellents avocats de propagande. Aussi, les multiples lettres qu’il envoie dans le sud de l’Italie où il annonce qu’il va s’installer dans le royaume de Naples, remportent un vif succès. Même la république de Pise, qui avait combattu aux côtés de Charles, demande à rester neutre. L’horizon est vraiment sombre pour Charles !

De son côté, le pape avait vu venir le danger. Déjà, le 9 novembre 1282, Martin IV avait excommunié le roi catalan et il le menaçait de le déposséder de tous ses biens. Quant au vaincu, Charles I°, il accuse le roi Pere II de déloyauté pour avoir pénétré en terre sicilienne sans respecter les règles de la chevalerie ; selon lui, Pere II aurait dû, auparavant, lancer un défi à Charles. Alors l’esprit chevaleresque du roi catalan apparaît au grand jour : le défi est lancé. Les conditions sont signées à la fin décembre 1282. Avant six mois, cent chevaliers français et cent chevaliers catalans devront combattre face à face dans une ville neutre; on choisit Bordeaux, car, à cette époque, la ville appartient au roi d’Angleterre. L’acte du défi annonce bien que si l’un des deux rois, Pere ou Charles, n’apparaît pas aux joutes prévues le premier juin 1283, il sera tenu perpétuellement comme « parjure, faux, traite, infidèle, infâme ».

Cher lecteur, comme moi, vous vous posez des questions. Est-ce prudent pour le roi Pere II, de quitter la Sicile en cette période brûlante, délicate, décisive pour l’avenir du Pays Catalan ? Imaginons le pire ! S’il est tué, que deviendra la Sicile catalane ?

En attendant ce mois de juin prochain, Pere el Gran ne reste pas inactif. Avec ses conseillers et ses espions, il prépare, en janvier 1283, une opération militaire pour occuper le port de Catona ; Catona, proche de Reggio en Calabre, est la résidence du comte d’Alençon (frère du roi de France et neveu de Charles I°) qui est arrivé avec des renforts français. Pere el Gran élabore le plan qui sera respecté à la lettre. Tout commence une nuit ; les almogavares sont transportés en silence à Catona, en trois voyages de galères, au cœur même des terres ennemies. Ils visent, et c’est prioritaire, la garnison de trois cents chevaliers qui constituent la garde personnelle du comte d’Alençon. L’attaque est lancée : le comte et ses chevaliers périssent tous sous les coups des almogavares. Ailleurs, dans les autres combats, la victoire est totale. Et encore, on amasse le butin que l’on ramène en Sicile. Ce 18 janvier 1283 marque une nouvelle victoire pour Pere el Gran. Au mois de février, le souverain catalan en personne passe en Calabre, va de ville en ville ; il est accueilli comme un libérateur. Même à Naples, on commence à considérer sérieusement la venue du roi.

A suivre lundi prochain...

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