L'ambition des Catalans en 1282 (partie 19)

Publié le par Jean

Réaction de Charles I°, roi de Naples et de Sicile,au lendemain des Vêpres Siciliennes du 31 mars
Le choc émotionnel, à la cour de Naples, est considérable. Aussitôt, Charles envoie des ordres pour fortifier les châteaux. Le 20 avril 1282, un mandement circulaire donne ordre à chaque seigneur du royaume, « sous peine de mort et de confiscation des biens », de nommer dans tous les châteaux des commandants fidèles et compétents ; et en premier lieu, il désigne ceux du littoral. Il convient rapidement de mettre les châteaux en état de résister à des sièges ; on amène armes, munitions, vivres (huile, blé, vin, légumes, viandes salées, etc.) C’est d’autant plus urgent que dans la majorité des provinces, la révolte gronde, révolte fomentée par les « proditores », adversaires irréductibles de la dynastie française. Dès l’automne 1282, au sud, les Abruzzes se soulèvent sous la bannière de Conrad d’Antioche ; il avait été le conseiller du jeune Conradí, exécuté en 1268 sur ordre de Charles I°. Ce Conrad conduit une nouvelle attaque contre Charles I° en 1283 et 1284. De son côté, Charles est bien informé ; il a sous la main la liste des « traîtres », qui comme Conrad, parcourent la Calabre, vont de château en château pour retourner les quelques seigneurs qui lui restent favorables. Rien n’y fait. Le juge Fulco, en mai 1283, favorise le débarquement des galères catalanes sur les rivages d’Amantea et s’efforce, avec tous les siens, de soulever le pays. Bref, pour Charles, les révoltés « pullulent » ! Dès la fin 1283, presque toute la Calabre est aux mains des Catalans.

Un butin fabuleux !

Ramon Muntaner, savoureux et inégalable, nous décrit le butin amassé par les almogavares à Reggio, le 26 septembre 1282 :
« En attendant, les almogavares et servants s’embarquèrent sur les nombreuses barques et galères venues de Messine, de manière qu’en un seul voyage, ils les amenèrent tous, et avec une telle quantité d’or et d’argent aussi bien que de vaisselle, de ceintures, d’épées, de florins et autres monnaies d’or et d’argent, d’étoffes, de chevaux, de mulets, de palefrois, de harnais, de tentes, d’habillements, de couvertures de lit que ce serait un travail sans fin de les compter. Que vous dirai-je ? On peut bien assurer que jamais chevauchée ne produisit une telle quantité d’or, d’argent ou d’effets. Qu’irai-je vous conter encore sur cette expédition ? Le plus mince homme qui y fut gagna sans fin et sans mesure; et il y paraissait bien à Messine, car les florins s’y dépensaient plus facilement qu’on ne faisait auparavant les plus petites monnaies. Aussi les gens de Messine y devinrent si riches qu’on n’y a plus jamais vu depuis aucun pauvre. »

A suivre lundi prochain...
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