L'ambition des Catalans en 1282 (partie 21)

Publié le par Jean

Les galères marseillaises transportant les renforts accostent à Naples le 26 août 1282. Le comte Pierre d’Alençon est le cinquième fils du roi de France, Louis IX dit Saint Louis. On équipe donc ces troupes de chevaux, d’armes et «autres chosesconvenables ». Comme vous le lirez dans le texte, le comte d’Alençon tombera sous les coups des almogavares.

«Demandons encore des renforts»: signé Charles. Le 21 novembre 1282, Charles I° s’adresse à Jehan de Bullas, sénéchal de Provence pour préparer: vingt galères, deux mille arbalétriers et lanciers à destination de Naples. Pour cela, le roi lui envoie 10.000 livres tournois.
«Charles, par la grace de Dieu roi de Jerusalem et de Sicile, etc., a ses améz et feiaus tresoriers Guillaume Le Noir, Ris de la Marre et Pierre Bodin, etc. Comme nous aions commandé moult expressement a notre amé et feel chevalier Johan de Bullas, notre seneschal de Prouvence, que il doive querir et trouver es parties de Prouvence vint galies bien armées et deus mile tant
arbelestiers que lanciers, et leur doie paier leur solz pour certain tans, et tele maniere que nous les puissions avoir en cest terre pour noz services dedenz la moitié du mois de marz prouchienement a venir de ceste XI° indicion, et voulianz que vous, pour les gages des devant dites galies, arbelestiers et lanciers devant diz, doiez envoier par marcheanz quatre mile onces d’or, ou ce que iceles valant en tournois, au devant dit seneschal en Prouvence.»

Comment la reine Constança et ses trois enfants quittent Barcelona pour la Sicile, en avril 1283.

Le texte de Ramon Muntanerest d’autant plus intéressant que Jaume II, roi de Mallorca, est à Barcelona durant cette période.
«Après cela le seigneur roi de Mallorca, les comtes, barons, prélats, chevaliers et citoyens se disposèrent à partir, mais la reine les invita à entrer dans la cathédrale, voulant obtenir, elle-même, les grâces de sainte Eulàlia et de saint Oleguer. A la sortie, le seigneur roi de Mallorca
accompagna la reine à cheval; venaient ensuite le comte d’Empúries, le vicomte de Rocabertí, Ramon Folc vicomte de Cardona, qui l’accompagnait à pied; puis, beaucoup d’autres riches-hommes de Catalunya et d’Aragó, au nombre de plus de cinquante, qui l’entouraient à pied, ainsi que les consuls de Barcelona et beaucoup d’autres citoyens; puis venait tout le peuple en foule, hommes, femmes, filles, enfants, versant des larmes et priant Dieu pour madame la reine et ses enfants, en le suppliant de les garantir de tous maux, et de les porter sains et saufs en Sicile. Que vous dirai-je? Il eût fallu avoir un cœur bien dur pour ne pas pleurer en ce moment.
Arrivé à la mer, le seigneur roi de Mallorca descendit de cheval, aida madame la reine à mettre pied à terre et la fit entrer avec les enfants dans un bel esquif appartenant à la nef que l’on avait bien garni de nattes de paille pour elle. Et quand les trois enfants qui partaient, Jaume, Frederic, Violant, se séparèrent de leur frère Alfons qui restait, vous eussiez été ému de compassion à les voir. On ne pouvait les arracher des bras les uns des autres; il fallut que le seigneur roi de Mallorca sortit de sa barque pour les séparer en pleurant lui-même. Il fit entrer les enfants dans la barque où était madame la reine; et aussitôt après les avoir déposés, il remonta dans sa barque avec le comte d’Empúries, Dalmau de Rocabertí et Ramon Folc, vicomte de Cordona, et aussitôt il donna l’ordre du départ. On commença donc à voguer, et madame la reine se tourna, se signa, bénit ses enfants, puis tout le peuple, puis tout le pays ; les mariniers firent manœuvrer les rames, et on se rendit à la grande nef, nommé la Bonne Aventure (Bona Ventura).
Tout le monde étant embarqué, En Ramon Marquet et En Berenguer Mayol vinrent au seigneur roi de Mallorca, lui baisèrent la main et lui dirent: «Seigneur, signez-nous, bénissez-nous, puis faites-vous descendre à terre, et laissez-nous partir sous la garde de Dieu.» Alors le roi de Mallorca prit en pleurant congé de madame la reine et des enfants, les signa et leur donna sa bénédiction très tendrement en pleurant, et le comte et les vicomtes en firent autant.»

Publié dans Histoire des Catalans

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