L'ambition des Catalans en 1282 (partie 23)

Publié le par Jean

Le pape vient en aide à Jaume II de Mallorca. Préparer le Rosselló au passage d’une armée, même d’une armée amie, comporte des risques et exige de gros investissements. D’autant plus que Jaume II peut craindre une attaque surprise de son frère. Le roi de Mallorca lance donc une campagne de fortifications, il demande l’aide de la papauté. Le pape Martin IV lui répond:
«Vous avez craint avec raison, que l’ennemi de l’Eglise, que l’ex-roi d’Aragó, sachant votre adhésion à l’entreprise de notre très cher fils Philippe, roi de France, ne tentât l’occupation ou l’invasion de vos terres, voisines des siennes, et, voulant parer à ce danger, vous avez résolu de mettre en état de défense les villes, châteaux et autres lieux de votre royaume, articulièrement ceux des comtés de Rosselló et de Cerdanya, sur lesquels Philippe pourra s’appuyer pour pénétrer en Catalunya; et, comme une telle opération exige des frais énormes, vous avez prié le siège apostolique de vous prêter un secours des plus nécessaires en vous accordant, pour un certain temps, les décimes des revenus ecclésiastiques de vos domaines: nous vous les abandonnons, en conséquence, pour trois ans».

Ainsi, une partie des efforts financiers de Jaume II provient de ressources qui étaient, au départ, prévues pour le compte de l’Eglise.

Le discours de Roger de Lloria (juin 1284).
A ce moment, l’armée de terre et l’armée de mer reposent sur les épaules de Roger de Lloria. La bataille dans les eaux de Naples face à la flotte de Charles I°, s’annonce homérique. Bernat Desclot nous rapporte le discours prononcé par l’amiral pour encourager et motiver ses troupes:
«Barons, nous ne savons pas si le roi d’Aragó et de Sicile est en Aragó, en Catalunya ou en Navarre, mais où qu’il soit nous sommes là pour lui. Et sachez que jamais son étendard n’a été vaincu ni n’a reculé et qu’il ne le fera jamais. Cette grâce, Dieu la lui a accordée, car il a enduré beaucoup d’épreuves pour accroître la foi de Jésus-Christ. Et je vous dis cela pour que vous vous prépariez bien, car d’ici douze jours, nous aurons une grande bataille, mais avec l’aide de Dieu, nous la gagnerons. C’est pourquoi chacun doit garder un cœur ferme et fort et ne pas perdre courage. Car jamais des hommes n’ont gagné autant que nous le ferons.
Et vous devez savoir qu’à Naples, il y a trente galères équipées que le prince Charles a fait armer. Il dit aussi en venir trente de Provence avec le roi Charles I° et la commune de Pise doit lui en livrer dix, armées et équipées. Et ainsi il y aura soixante-dix galères. Mais moi, je vois nos galères si bien équipées et avec des équipages si valeureux que même devant
cent galères ennemies, nous ne devons pas reculer, mais au contraire nous devons aller attaquer partout où nous pensons qu’elles se trouvent. A ces mots, tous les gens des galères s’écrièrent à haute voix:
«Allons, allons, où qu’elles se trouvent. Avec l’aide de Dieu elles sont toutes à nous.
-       Anem! anem lla on sien! Que totes són nostres ab l’ajuda de Déu!»

Publié dans Histoire des Catalans

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